En juin 2026, le CNC a publié l’analyse économique de 1 823 films d’initiative française sortis entre 2012 et 2021. Résultat : 20 % des films dégagent un solde positif dès leur exploitation en salles, 37 % après passage sur l’ensemble des circuits, et le CNC retient un chiffre final de 4 films bénéficiaires sur 10. Autrement dit, la salle seule ne rentabilise qu’un film sur cinq. Tout le reste de la rentabilité se joue après, sur l’export, la VOD, la télévision et la durée. C’est une information stratégique, pas un constat de crise : elle indique où placer l’effort marketing.
La salle décide, mais ne rentabilise pas
Le chiffre le plus contre-intuitif de l’étude est celui-ci : 2 % seulement des films sortent uniquement dans les salles françaises, et 70 % des films sont exploités sur au moins 5 des 6 circuits analysés (salles France, salles international, vidéo physique, VàD à l’acte, streaming par abonnement, télévision).
La salle n’est donc pas le marché, c’est le déclencheur du marché. Le CNC le confirme : la capacité d’un film à recouper ses investissements croît avec le nombre d’entrées, et la contribution des autres circuits devient significative au-delà de 100 000 entrées.
Conséquence directe pour un distributeur : une campagne de sortie ne se juge pas seulement sur le premier week-end. Elle conditionne la valeur du film sur cinq autres fenêtres pendant dix ans.

L’export pèse plus lourd que ce qu’on lui accorde en budget
Les salles à l’international génèrent 36 % des recettes totales des films français, et constituent une source de revenus pour 8 films sur 10.
Comparez cette proportion à la part du budget marketing consacrée à préparer la vente internationale : kit médias en anglais, matériel calibré pour les acheteurs, présence structurée sur les marchés. Dans la majorité des projets que nous voyons arriver, cette part est proche de zéro. C’est l’un des écarts les plus faciles à corriger, et nous détaillons comment dans notre article sur la préparation du Marché du Film.
Un film ne meurt pas, il s’endort
Autre donnée peu connue : 90 % des recettes des films sortis entre 2012 et 2014 ont été réalisées sur les deux premières années, mais 9 films sur 10 continuent de générer des recettes dix ans après leur sortie.
Un film est donc un actif à longue durée de vie, avec un pic très concentré. Cela justifie deux arbitrages : concentrer fortement l’effort sur la fenêtre de lancement, et prévoir dès le départ les contenus qui permettront de réactiver l’œuvre plus tard. C’est la logique développée dans notre article sur l’animation d’un catalogue.
L’équilibre reste fragile
Sur la période 2021-2024, un film d’initiative française dégage en moyenne un solde net de production positif de 158 K€, soit 3,7 % de son coût de fabrication. Une marge de 3,7 % ne laisse aucune place à l’approximation marketing. Un point de conversion gagné ou perdu sur une campagne représente, à cette échelle, une part significative du résultat.
Ce que ça change concrètement
Trois arbitrages découlent directement de ces chiffres :
- Construire la promesse avant la sortie, parce que c’est elle qui détermine le coût d’acquisition. Voir notre article sur le levier émotionnel.
- Budgéter la vie post-salle dès le plan de sortie, puisque la moitié de la rentabilité vient de là.
- Produire les contenus pendant la fabrication, pas six semaines avant la date.
Nous avons compilé les chiffres complets, trois études de cas et les 5 leviers à actionner dans notre étude : Ce qui rend un film rentable.
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Sources : CNC, Le modèle économique des films d’initiative française, étude présentée le 9 juin 2026 à l’Assemblée nationale.